Pénurie de plantes. Que se passe-t-il ?

Offre réduite, rayons sporadiquement vides : de nombreux magasins de fleurs et centres de jardinage sont confrontés à une pénurie de plantes et, dans une moindre mesure, de fleurs. La rédaction de FLEUR a écouté les différents acteurs du secteur.  

Actuellement, celui qui souhaite mettre la main sur une plante, un arbuste ou un arbre spécifique doit parfois faire preuve d’un peu plus de patience. 

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La pénurie s’est aggravée ces dernières semaines. 

Pour certaines espèces, les stocks sont vides, tandis que pour d’autres, la période d’attente est longue. 

La demande est montée en flèche ». —  Decorum

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« C’est une question d’offre et de demande », explique Gert van der Schee de Decorum, un groupement de 55 producteurs. « Toutes les plantes ont gagné en popularité. La demande est montée en flèche. L’année dernière, nous avons assisté à une ruée sur les plantes de jardin après le mois de mars, car les gens étaient, pour la plupart, à la maison et il faisait très beau. Durant l’année, les fleurs coupées ont également gagné en popularité et la demande en plantes d’intérieur vertes a explosé. Nous nous attendons à ce que cet engouement pour les plantes se poursuive en été, car les gens veulent rendre leur jardin, leur terrasse ou leur balcon plus accueillant. Ce que les gens ne dépensent pas en sorties, restauration ou vacances, ils le consacrent aux plantes et aux fleurs ».

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Nous aimons nous entourer de plantes comme ce zamioculcas, mais l’offre est plutôt limitée pour le moment. © maplantemonbonheur.fr 

La demande est aussi élevée que l’offre est faible. Avec la fermeture des jardineries l’année dernière, les producteurs de plantes ont dû jeter beaucoup d’excédents et ils sont devenus plus prudents par la suite. Certains producteurs ont même mis fin à leurs activités. En outre, avant le Brexit, les Britanniques ont commandé de grandes quantités de plantes. Cela se ressent tout au long de la chaîne. « Les acheteurs qui achetaient au marché au cadran dans le passé doivent désormais se rendre chez les cultivateurs, mais reviennent souvent bredouilles », entend-on chez Agora

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Les acheteurs qui achetaient au marché au cadran dans le passé doivent désormais se rendre chez les cultivateurs, mais reviennent souvent bredouilles ». — Agora 

Kentia – ©maplantemonbonheur.fr

Quelles sont les implications pour les détaillants et les clients ?

Une offre moindre et, autre conséquence collatérale, l’obligation pour les fleuristes et les consommateurs d’y aller de leur poche, compte tenu de la rareté.

Les fleuristes en subissent les conséquences.

Tel est le cas de Jacques Castagné, Meilleur Ouvrier de France, chez Art et Végétal à Paris.

« Certaines plantes basiques telles que des aromates, campanules ou eucalyptus sont les plus difficiles à trouver. Nos grossistes sont extrêmement sollicités et ont dû mal à faire face à la demande. On s’adapte et se rabat vers les plantes disponibles. »

Le prix est parfois hallucinant » — Jacques Castagné, Meilleur Ouvrier de France — Art et Végétal, Paris

« L’augmentation des prix m’inquiète car même en arrivant sur la saison favorable de croissance des plantes, leur prix reste élevé et peut être même parfois hallucinant », dit Jacques Castagné du magasin de fleurs Art et Végétal à Paris.

 Nicolas Sahuguède de « Fine fleur » à Anglet (à la côte Basque près de Biarritz) confirme la situation. 

« Nous sommes confrontés en tant que professionnel du végétal à la pénurie de nombreux produits. Il est plutôt facile de trouver des plantes de saison annuelles. Par contre, il est compliqué de trouver des végétaux originaux qui ont une culture plutôt lente. Il est facile de trouver des végétaux d’intérieur ou tropicaux de petite taille mais lorsque nous voulons des sujets plus importants, la pénurie se fait sentir. Les fournisseurs souhaitant malgré tout répondre à la demande des professionnels proposent malheureusement des végétaux qui ne sont pas matures et peuvent poser des problèmes de t’énerver de pérennité chez le client. » 

« J’anticipe mes achats de végétaux de qualité en sollicitant particulièrement mes grossistes. Par exemple si je souhaite de beaux sujets de cactus, on prend plusieurs semaines à l’avance et je fais cela pour beaucoup de végétaux. Il faut savoir s’adapter à la situation anticipée énormément les achats. »

Le prix des fleurs coupées est également en hausse.

« Le prix de la fleur coupée est également un gros problème puisque c’est notre matière première », déclare Nicolas Sahuguède de Fine fleur. « J’ai également adapté mes achats de fleurs en achetant au bac pour bénéficier de prix plus attractifs. Je privilégie également les circuits courts avec quelques producteurs locaux ou régionaux qui peuvent me fournir une fleurs de qualité à un prix attractif. »

La pénurie se fait sentir » — Nicolas Sahuguède — Fine Fleur, Anglet

Le problème est encore plus grand pour les magasins de plantes.

« Les monsteras adultes sont très difficiles à obtenir et sont trois fois plus chers qu’il y a quelques années », affirme Sofie Vertongen de The Plant Corner, un magasin spécialisé situé au cœur d’Anvers« Les plantes spéciales telles que le Monstera variegata aux feuilles blanches et vertes sont hors de prix, tout comme certains types de philodendrons qui se vendent à des centaines d’euros. Il y a également une pénurie de calatheas dans notre pépinière. Les plantes sont deux fois plus petites et pourtant plus chères qu’auparavant ». 

Certaines plantes sont deux fois plus petites et quand même plus chères. Un monstera adulte est même trois fois plus cher qu’il y a quelques années », explique Sofie Vertongen, The Plant Corner. 

« Nos plantes ne sont pas forcément plus difficiles à trouver, mais nous constatons que le prix d’achat a explosé », explique Brent Delhaye de Broesse, un magasin de plantes tropicales de Gand. « S’ajoute à cela les stocks parfois plus limités ! La fascinante Maranta leuconeura est l’une de ces plantes qui sont moins disponibles et qui sont aussi devenues beaucoup plus chères l’année dernière ». 

« Nous essayons de ne proposer que des plantes qui ont un bon rapport qualité-prix. Autrement dit, nous ne voulons pas acheter et offrir à la vente des plantes dont le prix est beaucoup trop élevé ; une attitude qui s’observe plus souvent aujourd’hui que par le passé. Nous renonçons donc délibérément à proposer certaines plantes rares, car leur prix n’est plus réaliste, à moins que nous ne les retrouvions à un bon prix, bien sûr. Les clients apprécient cette approche. S’ils veulent une plante spécifique, nous ne cherchons pas la plus chère, mais bien celle dont le prix est correct. Aujourd’hui, cela prend plus de temps qu’avant à cause de l’offre réduite ». 

Que faire maintenant ? 

Afin de ne pas braquer les clients, les indépendants tentent d’être encore plus créatifs.  

« Pour l’instant, on peut encore compenser en créant une offre mixte, afin que nos clients puissent choisir eux-mêmes s’ils veulent des plantes bon marché ou s’ils sont disposés à dépenser un peu plus », dit-on chez The Plant Corner 

« Nous essayons également de proposer des alternatives et des plantes moins connues, ce qui peut parfois constituer une alternative amusante et surprenante », réplique M.Broesse.  

Mais tout dépendra de l’offre. « Nous espérons avant tout une récolte plus rapide et de meilleure qualité afin que les commerçants puissent à nouveau disposer d’une qualité suffisante », explique le belge Jan Florist, exprimant ainsi le sentiment de nombreux collègues. 

Decorum est fier d’offrir une gamme qualitative de fleurs et de plantes.  

Les acheteurs accordent beaucoup d’importance à la qualité de la relation avec les producteurs.

« En tant qu’acheteur, vous devez faire de votre mieux pour mener à bien votre affaire. Les bonnes relations et les collaborations sont de plus en plus importantes dans ce domaine », affirme Decorum qui est toujours en mesure de présenter une belle offre. « Nos 55 membres font tout ce qui est en leur pouvoir pour livrer les marchandises commandées et satisfaire tout le monde », bien que le système ait aussi ses limites. « Nous avons affaire à un produit naturel. Nous ne pouvons pas accélérer la production, car le label Decorum est synonyme de qualité supérieure. Le client connaît la qualité sur laquelle il peut compter et nous ne pouvons pas entamer cette confiance en livrant plus tôt ». 

Le grossiste Agora a également un avantage grâce aux investissements réalisés ces dernières années. 

« Nous avons également peu de problèmes grâce à une bonne relation avec les cultivateurs. Comme nous travaillons ensemble depuis des années, il existe une relation de confiance. Les producteurs ont été capables de livrer dans des périodes moins fastes et de livrer quand même tous les produits, même si la demande est plus forte ».  

Agora possède des succursales en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Italie.  

Il est plus que jamais crucial de déterminer le nombre exact de plantes dont vous avez besoin. 

« La réservation des quantités deviendra encore plus importante à l’avenir », explique Heidi Vandenbrande d’Agora. « En collaboration avec les différents clients et fournisseurs, nous y accorderons beaucoup d’attention afin de pouvoir toujours proposer un bel assortiment dans nos différentes branches. Entre autres choses, des plantes nouvelles et uniques seront désormais proposées. Nos fidèles fournisseurs feront également pousser des plantes pour répondre à notre demande. Nous prendrons toujours ces quantités réservées ». 


Inspiration pour les passionnés de plantes 


Photo en haut de la page : ©Broesse  

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