Menno Kroon, ambassadeur du secteur des fleurs

Menno Kroon est fleuriste dans l’âme. Sa boutique est située dans un quartier animé du sud d’Amsterdam. Lorsque nous nous y rendons, nous sommes d’emblée surpris par la palette de couleurs, par les arbres en fleurs et par la vue festive sur les fleurs et les objets spéciaux. On se croirait à Paris !

Avec ses murs peints en rose bombon et ses arbres à fleurs en soie dans la vitrine, l’entrée sent bon le printemps. Émerveillés et le sourire aux lèvres, tous ceux qui entrent ici profitent du charmant étalage de fleurs. L’espace intermédiaire est presque plus beau encore. C’est comme si vous vous trouviez au milieu d’un jardin de fleurs, avec des miroirs de part et d’autre qui agrandissent encore l’espace et l’effet.  

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« Nous présentons ici notre assortiment de fleurs coupées. Les clients ont l’impression de cueillir les fleurs dans un jardin. Quel bonheur de se promener ici ! Si vous n’êtes pas heureux en entrant, vous le devenez », souligne Menno Kroon.

 La partie arrière avec son élégante peinture bleu cobalt est tout aussi étonnante. Menno l’appelle le bleu Yves Klein ou le bleu du jardin Majorella de Marrakech, un jardin qui appartenait au couturier français Yves Saint Laurent depuis 1980 et où ses cendres ont été dispersées. Chaque saison, le magasin fait peau neuve. « Nous aimons tout changer régulièrement. J’aime le mouvement, l’action et la réaction ».

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La couleur est la marque de fabrique de Menno. Il faut comprendre la couleur et oser l’utiliser. Conviviale et chaleureuse, sa boutique d’Amsterdam est conçue comme un lieu de rencontre. Les gens entrent et sortent, discutent, apprécient les fleurs et les vases, pots et œuvres d’art soigneusement sélectionnés. L’ensemble constitue un mélange spécial, personnel et mondain.

« Je garde toujours les yeux ouverts. Je travaille avec différents artistes, par exemple. Tout ce que vous voyez ici est à vendre. Tant les lanternes que les magnifiques vases, pots et œuvres d’art. Ces toiles d’un artiste parisien sont le résultat d’un processus de photosynthèse. Les chandeliers ont été fabriqués spécialement pour nous et ces ornements géants décoratifs sont l’œuvre d’un artiste brésilien ». 

Il y a trente ans, Menno a ouvert son propre magasin de fleurs, restant notamment 25 ans au même endroit à Amsterdam.

« Dans un petit village appelé Driebergen, près d’Utrecht, j’ai commencé avec un atelier, pas un magasin. Le succès a rapidement été au rendez-vous et l’atelier s’est vite transformé en magasin. Un jour, j’ai été invité par Maria de Haan, une fleuriste d’Amsterdam considérée à l’époque comme très progressiste. Elle voulait remettre ses affaires, mais elle ne voulait pas céder son activité à n’importe qui. J’ai discuté avec elle et c’est ainsi que je me suis retrouvé dans la “big city” après avoir quitté un village des Polders. C’est un plaisir pour moi de travailler dans cette ville vivante et diversifiée. Un autre type de public vit dans la ville ; un public qui voyage beaucoup et qui parcourt le monde. Ce sont des gens qui cherchent à avoir des affinités avec ce qui se passe dans le monde, et c’est précisément ce que je cherche aussi. Pendant un moment, j’ai hésité entre deux destinations pour mon installation : New York ou Amsterdam. J’ai choisi Amsterdam parce que je suis en fait un vrai Néerlandais. Mais il nous arrive aussi de réaliser des projets à l’étranger. Par exemple, nous sommes actuellement en pourparlers pour un dîner dans le sud de la France l’été prochain ». 

« Avant la crise sanitaire, le secteur des fleurs était déjà en pleine mutation, mais le coronavirus l’a fait exploser. » – Menno Kroon

Le secteur des fleurs a beaucoup changé depuis la crise sanitaire. Menno Kroon en a fait l’expérience en première loge.

« Avant la crise sanitaire, le secteur des fleurs était déjà en pleine mutation, mais le coronavirus l’a fait exploser. Je suis curieux de voir ce qui va se passer dans le proche avenir. Tout explose ! Aux Pays-Bas, les producteurs ferment le robinet du gaz parce que son prix a explosé. Le prix des fleurs a explosé et les fleurs deviennent une denrée rare. Les belles fleurs spéciales vont devenir une sorte de produit de luxe. Pendant le confinement, le commerce des fleurs n’a pas été considéré comme essentiel. Comme le magasin était fermé, nous vendions nos fleurs sur le trottoir. Le contact avec les clients s’est renforcé, d’autant que nos fleurs les rendaient heureux. C’était de loin la seule chose qui restait. Le soir, les gens se pressaient devant la vitrine derrière laquelle nous avions exposé toutes les fleurs coupées ». 

« Un groupe de fleuristes s’élève au-dessus de la masse, mais la grande majorité se contente de vendre des fleurs. Il n’y a rien de mal à cela, mais les vrais professionnels méritent d’être reconnus à leur juste valeur ». — Menno Kroon

Menno s’interroge sur le présent et l’avenir de son magasin de fleurs.

« Je suis un fleuriste dans l’âme. Je veux rayonner comme tel. En tant qu’équipe, nous avons le sentiment d’être des fleuristes et des artistes floraux engagés dans notre métier. La fierté d’appartenir à la branche est très importante. Malheureusement, je ne la vois que trop peu. Un groupe de fleuristes s’élève au-dessus de la masse, mais la grande majorité se contente de vendre des fleurs. Il n’y a rien de mal à cela, mais les vrais professionnels méritent d’être reconnus à leur juste valeur. Nous sommes des maîtres fleuristes capables de travailler avec les plus beaux matériaux ». 

« On ne peut pas tout faire. En tant que fleuriste, on peut faire beaucoup de choses, mais la décoration intérieure, c’est un tout autre métier ». — Menno Kroon

Ce groupe de fleuristes est en effet en pleine expansion.

« Comme je l’ai dit, je suis fleuriste dans le cœur et dans l’âme. J’aimerais continuer à travailler avec les fleurs. J’aime aussi pouvoir vendre de beaux vases et de beaux objets, mais pour autant qu’ils soient destinés à une belle plante ou un beau bouquet. Je crée alors le plus bel endroit pour cette fleur ou cette plante particulière. C’est la base de notre profession. Au fil des ans, la profession a pris un sens différent. Nous aimons par exemple qu’un client demande des conseils sur les plantes et les pots. Nous allons même un peu plus loin et nous donnons également des conseils en matière de couleur, répondant ainsi à une demande spontanée des clients. Petit à petit, nous avons progressé dans ce domaine, mais tout le monde ne peut pas le faire. J’aime toujours autant les principes de base. Je ne suis pas un spécialiste de la décoration d’intérieur ; je suis seulement un fleuriste qui veut tirer toutes les ficelles du métier et se distinguer dans sa façon d’en jouer. J’ai également appris qu’on ne peut pas tout faire. En tant que fleuriste, on peut faire beaucoup de choses, mais la décoration intérieure, c’est un tout autre métier. Un spécialiste des fleurs a une certaine vision de la façon dont il arrange les fleurs. Vous devez apprendre à être heureux avec ce que vous choisissez. Il faut choisir et s’en tenir à ses choix. Vous pouvez aller dans une certaine direction et la contrôler, mais vous devez aussi vous assurer que vous pouvez gagner votre vie. Je veux continuer et être innovant. Dans une ville comme Amsterdam, il faut être innovant, sinon vous cessez de surprendre ». 

« Je ne veux pas être un créateur de tendances, même si c’est comme cela que beaucoup de gens me voient ». — Menno Kroon

Vous considère-t-on comme un créateur de tendances ? 

« En fait, je ne veux pas être un créateur de tendances, mais c’est comme cela que beaucoup de gens me voient. Je mets toute mon âme et tout mon cœur dans mon travail, ce qui me distingue des autres personnes. Je ne fais pas les choses parce qu’elles sont à la mode ou parce qu’elles pourraient le devenir. Je les fais parce que j’ai une idée bien précise et ça, c’est ma signature ».

Les limites entre les différentes disciplines s’estompent-elles selon vous ?

« Il y a des fleuristes qui ne font que décorer des intérieurs. C’est dans leur nature. Nous pouvons choisir les couleurs tout aussi bien qu’une personne qui travaille avec des tissus. Personnellement, j’aime aussi beaucoup les tissus. À l’instar des fleurs, ceux-ci vous permettent de créer une sorte de modèle de couleurs. Quand on me demande de meubler un intérieur, je le fais toujours avec beaucoup de couleurs. L’utilisation de la couleur est une passion. Dans la palette de couleurs des fournisseurs de tissus, je choisis délibérément des tissus très colorés et des tissus aux textures particulières. Nous avons l’habitude de travailler avec des textures, comme un pot avec une texture spéciale ou une plante avec de belles feuilles brillantes. Certains nous appellent “trendy” parce que nous avons un certain feeling pour la mode, mais ce feeling s’est développé de manière organique en partant des matériaux avec lesquels nous travaillons chaque jour. Je garde les compétences acquises lors de ma formation et je les chéris. De temps en temps, je fais quelques excursions dans d’autres mondes, mais je chéris surtout mon propre monde ».

« Si nous voulons avoir le droit d’exister en tant que fleuristes, nous devons rester engagés. Évitons de nous dévoyer. » – Menno Kroon

Pensez-vous qu’en fait, vous devriez continuer à rester spécialiste dans votre branche ? 

« Si nous, fleuristes, souhaitons avoir le droit d’exister, nous devons parfaitement savoir ce que nous faisons. Chacun est libre de le faire pour lui-même. Je pense qu’il est très important que nous restions engagés dans notre profession. Évitons de nous dévoyer. Chérissez ce que vous avez et tenez-vous fermement à cette base. Par exemple, je sais très bien ce que je peux faire dans un jardin, mais je ne suis pas un architecte de jardin avec une formation technique. Encore une fois, il faut reconnaître ses limites et ne pas vouloir tout faire soi-même ».

D’où vient votre amour pour les fleurs ?

« On m’a déjà posé cette question à maintes reprises. Enfant, j’étais fasciné par la nature. Une brindille dans un vase produisant des racines ou une graine d’où sortait un solide tournesol, cela me fascinait. Actuellement, mon dada, ce sont les branches. J’interprète leurs formes. Vous devez aussi voir cette beauté de la nature. Cela permet de comprendre pourquoi cette seule branche s’exprime au mieux dans un pot de fabrication artisanale créé dans tel ou tel ton. Il faut comprendre tout ce que renferment les différents matériaux que sont la poterie, le verre, une belle branche ou la dureté d’une feuille. Si vous comprenez tout cela, vous parvenez à dégager l’essence même de la nature. C’est ainsi que vous tracez votre propre voie et que vous balisez le chemin que vous empruntez pour avancer d’un pas dans votre profession à chaque fois ». 

« Je trouve cela de plus en plus chouette. Je viens d’avoir 60 ans, mais c’est comme si je n’en étais encore qu’à mes débuts. » – Menno Kroon

Comment voyez-vous l’avenir ? 

« Plus vous prenez de l’âge, pour autant que vous restiez bien éveillé, plus cela devient intéressant. C’est agréable de parler aux jeunes parce qu’ils vous donnent de l’énergie. D’un autre côté, il est également agréable de parler à des personnes plus âgées qui ont suivi une certaine voie. Je trouve cela de plus en plus chouette. Je viens d’avoir 60 ans, mais c’est comme si je n’en étais encore qu’à mes débuts. J’espère pouvoir continuer longtemps. Je me sens comme une sorte d’ambassadeur du commerce des fleurs. Je pense qu’il est important que la profession continue d’exister. J’ai toujours pensé que les gens en Belgique étaient plus fanatiques qu’aux Pays-Bas. Mais les formation sont déplorables, tout comme aux Pays-Bas. Si cela ne tenait qu’à moi, les formations devraient cesser et être remplacées par  une toute nouvelle académie. Nous devons revenir aux principes de base et, à partir de là, élever la profession à un niveau supérieur. Aujourd’hui, notre profession est très différente de ce qu’elle était il y a 30 ans. Il faut évoluer en permanence. Or, la formation est restée figée. Les cours de formation n’ont pas évolué en fonction des besoins actuels. En tant que fleuristes, nous devons également être tenus en bien meilleure estime. Je le souhaite à tous. Il est important que nous puissions tous gagner notre vie. Les horaires de travail doivent aussi être pris en compte. Je travaille toujours très dur. Notre profession l’exige. Rien ne se fait tout seul. Vous devez trouver une sorte d’équilibre pour que vous restiez vous-même heureux dans tout ce que vous faites ». 

Quels conseils donneriez-vous à vos collègues ? 

« Montrez que vous aimez votre métier. Assurez-vous en permanence du bon état de votre magasin. Il doit rester propre et frais. Osez changer de couleur, pas tous les cinq ans, mais plutôt chaque année. N’hésitez pas à tout chambouler dans votre magasin pour que les clients aient toujours le sentiment qu’il y a de l’action. Surtout, restez éveillé dans votre profession et restez au courant de ce qui se passe dans le monde ».

Texte et photos: Ingrid Allaerts


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