La Frénésie: un bouquet comme une nature morte

La frénésie … tel est le nom que Caroline Moreau a donné au magasin de fleurs qu’elle a ouvert au cœur du quartier populaire et multiculturel des Marolles. En périphérie de la place du Jeu de Balle, où se tient chaque matin le marché aux puces le plus connu de Bruxelles, Caroline loue un espace commercial dans la caserne militaire rénovée. Son univers se compose de superbes et généreux bouquets, ainsi que d’un mélange coloré de meubles, de curiosités kitsch et d’articles de brocante populaires.

Pourquoi « La frénésie » ? « Frénésie est un terme péjoratif qui désigne une situation s’apparentant à un état de forte exaltation. Moi, je lui ai donné une connotation plus positive. La frénésie est pour moi une atmosphère, un courant pétillant d’échange d’idées qui me procure du bonheur et de la satisfaction. L’envie de travailler avec des fleurs et de fouiner pour trouver des meubles et des objets décoratifs qui cadrent avec mon univers ». Caroline ne pouvait pas mieux résumer la situation, car c’est précisément ce qui se dégage de son magasin : un flux positif d’énergie et d’amour de la vie.

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« La frénésie » a soufflé sa première bougie, le 1er juin. Le parcours de Caroline en tant que fleuriste est atypique. En effet, elle a tout d’abord étudié l’art. Originaire de Versailles, elle a vécu dans le sud de la France jusqu’à l’âge de 18 ans. Quittant le littoral, elle est partie étudier à Toulouse, puis a travaillé comme jeune fille au pair à Londres avant d’atterrir à Bruxelles où elle a suivi une formation artistique à l’Académie Bozar. « J’ai toujours voulu découvrir différentes choses, travailler avec différentes techniques et différents matériaux tels que le graphisme, la sérigraphie, la peinture et la céramique. Je n’étais pas du tout prédestinée à être fleuriste et en réalité, je ne m’intéressais pas à ce métier jusqu’au moment où une amie a ouvert son magasin de fleurs à Bruxelles. C’est le premier magasin de fleurs qui m’ait vraiment touchée depuis le tout début. Elle avait besoin d’aide. Je lui ai proposé la mienne et je lui ai demandé si elle voulait me former ».

Une nouvelle passion
Les événements se sont ensuite enchaînés. Caroline a appris le métier, est restée trois ans dans le magasin de son amie, puis a acquis une autre expérience auprès d’un autre fleuriste. « Le métier m’a plu et je me suis découvert une nouvelle passion. Mes études artistiques ne sont pas très loin de la profession de fleuriste dans la composition des bouquets et des couleurs. Je n’ai pas directement ouvert un propre magasin, mais j’ai attendu de me sentir prête à le faire. L’impulsion est venue lorsque mon frère a décidé de suivre des études de fleuriste. J’ai repensé à l’idée d’ouvrir un magasin de fleurs et de brocante. C’est devenu mon grand bonheur et je ne l’ai jamais regretté ».

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L’ancienne caserne militaire est vide depuis plus de 20 ans. Le site a été entièrement rénové. Aujourd’hui, il héberge des galeries et des magasins de style, et la cour devant le bâtiment a été rendue publique. Caroline l’a déjà marquée de son empreinte en y installant une petite table et quelques chaises de bistro, ce qui lui permet de profiter des rayons du soleil. Des pots garnis de plantes d’extérieur, d’arbrisseaux et d’arbustes ornent la cour en pavés de Bruxelles. Le magasin est très grand, mais ce sont tout d’abord les fleurs qui attirent l’attention lorsque l’on pénètre dans celui-ci. Les fleurs coupées exposées ravissent l’œil. Elles ressemblent à une peinture, une somptueuse nature morte formée par de nombreuses grappes de fleurs et de splendides compositions. Caroline passe beaucoup de temps à composer son assortiment de fleurs coupées, car pour elle, les fleurs sont la vedette. Comme une artiste peintre, elle se met au travail comme si elle mélangeait les couleurs sur une palette, ce qui donne des compositions colorées étonnantes. L’ensemble est romantique et dégage une certaine ambiance. « La peinture est en effet ma grande source d’inspiration. Cela me fait plaisir que vous le remarquiez. Lorsque je compose un bouquet, je le fais de la même façon que lorsque je compose une peinture. J’aime regarder les anciennes peintures et l’harmonisation des couleurs. Ce qui peut sembler être un manque d’harmonie pour certains m’apparaît, à moi, surprenant. Je travaille beaucoup selon mes émotions et mon inspiration du moment ».

Il s’agit d’un site très chouette et très populaire, sans concurrence directe. « C’est à la fois un avantage et un défi », explique Caroline. « Le défi, c’est d’offrir une sélection de fleurs que vous ne retrouvez nulle part ailleurs et qui attire pourtant un public populaire. Les clients de ce quartier ne sont pas encore familiarisés avec la caserne qui est restée longtemps abandonnée. Les Bruxellois ont très souvent établi leur trajet fixe en longeant la rue Haute, la rue Renards, la place du Jeu de Balle et la rue Blaes en laissant la grande haie de la caserne sur leur gauche. Les choses changent petit à petit et un mélange de jeunes expatriés venus habiter ici, de personnes plus âgées aisées et de touristes a trouvé le chemin du magasin ».

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Sélection personnelle
L’assortiment de fleurs et de plantes est différent de celui d’un magasin de fleurs traditionnel. Il s’agit d’un choix très personnel. « Je sélectionne des fleurs que j’aime personnellement beaucoup : des fleurs de saison, des fleurs du jardin de grand-mère et des fleurs oubliées ou presque. Certaines fleurs ont à nouveau leur moment de gloire après avoir quasiment disparu comme les dahlias et les glaïeuls. Les fleurs à bulbe étaient très à la mode dans les années 60. J’aime les anciennes variétés de roses comme les grandes roses de jardin dans un jardin anglais. De grandes touffes de verdure ne peuvent pas manquer dans les bouquets, notamment l’asparagus d’antan ou l’asperge décorative. Je donne aux fines feuilles une autre destination que celle que nous connaissons habituellement. Mon assortiment de plantes d’intérieur est généralement peu fleuri. Les fleurs à couper sont très colorées. Quant aux plantes vertes, je les sélectionne pour leur texture, leurs couleurs et la forme de la feuille. Pour moi, le côté graphique de la feuille est également très intéressant ».

Populaire ou kitsch
L’autre côté du magasin est rempli de meubles de seconde main principalement et une collection d’articles chinés sur des brocantes, allant des services fleuris et des pots couleurs bonbons aux vierges en plastique et aux bouteilles thermos anglaises à grandes fleurs. « Je suis attirée par les meubles et le design populaires. Il s’agit d’un mélange de kitsch et design populaire dans lequel je découvre toujours un côté poétique. J’apprécie surtout les meubles de cuisine, car c’est dans la cuisine que tout se déroule et que des discussions confidentielles se tiennent. Les meubles des années 50 et 60 que je collectionne sont très fonctionnels. Parfois, je remets les armoires dans leur « jus » d’origine ou bien elles sont poncées et repeintes. L’armoire blanche que vous voyez dans l’étalage, elle, est d’origine. Les accessoires de couleur forment de belles touches colorées sur l’ensemble. Les meubles et les objets sont généralement d’occasion. Avant l’ouverture du magasin, j’ai déjà fait mon tour sur le marché aux puces. Je fouille avec mes mains dans des boîtes en carton, je regarde sous des toiles de tente et je fouine. C’est mon plaisir favori ».

Depuis peu, Caroline vend aussi des articles neufs tels que des pots de fleurs ou des thermos anglais à grandes fleurs. Les motifs fleuris se retrouvent partout dans le magasin, par exemple dans les services de brocante, sur les coussins crochetés ou sur les nappes. « Les fleurs sont momentanément très tendance dans les maisons », souligne Caroline. « Ce qui est populaire m’inspire. Ce sont des objets de la vie de tous les jours, des pièces faites au crochet ou d’anciennes couvertures avec lesquelles je fais des tentures en patchwork. Ces objets ne sont plus utilisés et atterrissent souvent ailleurs dans un tiroir ou une armoire. Je leur donne une seconde vie et une nouvelle fonction ».
Est-ce là une forme de nostalgie ? « Nostalgie n’est pas le bon mot. La nostalgie nous tient et nous enferme dans le passé. Je n’ai pas envie de cela. Mes souvenirs reçoivent une nouvelle place dans l’avenir. Je ne suis pas nostalgique. Je suis surtout une personne du présent ».

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