Janine a quitté la Suisse pour suivre son grand amour – Ensemble, ils gèrent l’atelier floral Domus Florum depuis 25 ans

Domus Florum se trouve au cœur d’Alost, dans un très gros immeuble datant du XVIIe siècle. Janine et Bart forment une machine bien huilée. Où que se trouve Janine, Bart n’est jamais bien loin, comme un tandem inséparable. Il dirige et elle impose son rythme soutenu. « Les gens d’ici sont passionnants », confie-t-il

L’atelier floral de Janine Künzle et Bart Schampheleer se situe dans une rue commerçante, près de la grand-place. Par la porte ouverte, nous avons une vue sur la cour-jardin décorée d’hortensias et de plantes installées dans de grands pots, ainsi que sur un ancien banc en bois entouré de plantes pour parterre. Le bâtiment classé a connu diverses utilisations au fil du temps et a été construit en plusieurs phases. Jadis, il s’agissait, par exemple, d’un atelier de textile. En 2016, le bâtiment a été entièrement rénové et Domus Florum a dû déménager pour s’installer dans un magasin éphémère pendant deux ans. Après les rénovations, Janine et Bart ont pu réinvestir tout le côté droit du bâtiment avec sa belle cour-jardin.

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SUISSE

Originaire de Suisse, Janine a rencontré Bart, un chef cuisinier de Wetteren, et Cupidon a fait le reste. L’étincelle florale a matché et Janine a décidé de venir s’installer en Belgique. En 1996, ils ont ouvert ensemble un premier magasin de fleurs dans la Rozemarijnstraat. Leurs bouquets ont rapidement eu du succès et ils ont dû chercher un local plus grand. C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés dans les locaux de la Molenstraat.



« J’ai grandi en Suisse. Enfant, je faisais des bouquets de fleurs dans le jardin de mes parents. J’ai étudié la fleuristerie à Zurich et j’ai eu le privilège de travailler dans de grandes maisons. Par exemple, j’ai travaillé au “Blumen Marsano” sur la Paradeplatz de Zurich, l’un des quartiers les plus cossus, sous la direction de Christian Felix. Il était un leader pour la Suisse à l’époque. Nous avons travaillé avec une équipe de 15 fleuristes sur de grandes installations pour le célèbre hôtel “The Dolder Grand” à Zurich, ainsi que pour des cheikhs du pétrole à Sankt Moritz et à Genève. J’y ai appris énormément de choses. Ensuite, j’ai également travaillé à Lausanne où j’ai pu travailler de manière assez indépendante pour une belle clientèle. Par exemple, j’ai souvent décoré des bateaux ».

La Suisse est-elle vraiment un pays de fleurs ?

Janine : « On dépense beaucoup d’argent dans l’achat de fleurs. En Suisse, les fleurs sont coûteuses. L’artisanat est très apprécié et le niveau d’éducation y est très élevé. La formation pourrait être meilleure en Belgique. Nous avons déjà eu ici des stagiaires qui avaient peu de connaissances en matière de fleurs et qui n’étaient pas non plus passionnés. Nous ne pouvons pas utiliser ces personnes-là ici ».

Vous êtes aussi fleuriste, Bart ?

Bart : « Non, je suis chef cuisinier de formation. Je ne fais pas de bouquet. Les bouquets, c’est l’œuvre de Janine. Moi, je suis son aide de camp. Je m’occupe, entre autres, de la logistique, de l’administration et des livraisons .»

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Janine : « C’est un très bon vendeur ! »

Bart : « Nous gardons la cuisine pour les week-ends et nous la faisons ensemble. En fait, il y a beaucoup de parallèles entre le secteur de la restauration et celui des fleurs. On travaille avec des produits frais qui doivent également être traités frais. On doit respecter des délais d’exécution courts. Ce qui arrive en premier doit être traité en premier. D’autres points de concordance sont la capacité à travailler sous pression, les moments de stress et les journées parfois longues que l’on rencontre également dans le secteur de l’hôtellerie. Les principales fêtes florales sont aussi souvent des journées et des moments forts sur le plan gastronomique, comme les fêtes qui se déroulent au mois de mai et à la période de Noël, entre autres. N’ayant aucune expérience dans le secteur des fleurs, j’ai pensé dès le début que mon aide devait être logistique .»

Janine (acquiesçant) : « En tant que cuisinier, il est le champion de l’organisation. Il m’a d’ailleurs déjà beaucoup appris. Les personnes créatives ont souvent un côté désordonné. Lui, par contre, ll est très structuré. Dans une cuisine, on ne peut pas se permettre d’être désordonné. Dans un magasin de fleurs non plus, d’ailleurs. Une bonne structure permet d’économiser beaucoup en période de pointe ».


COMPTOIR SEC ET HUMIDE

Ce dont Janine et Bart rêvaient depuis longtemps, ils ont pu le réaliser dans ce magasin. Ainsi, par analogie avec les cuisines industrielles, le magasin compte deux comptoirs : un comptoir « sec » et un comptoir « humide ». Le comptoir sec ou comptoir de ventes est réservé aux conversations avec les clients, à l’emballage des bouquets, aux passages en caisse ou encore à la rédaction des petits mots. Le comptoir humide, avec un plan de travail résistant aux rayures, est chasse gardée. C’est le territoire de Janine. C’est là qu’elle réalise ses créations florales. « Chacun a son propre plan de travail », dit Janine d’un air amusé.

Les fleurs sont emballées dans du papier de soie écologique avec une petite couche de cire. Janine s’est toujours opposée au film plastique.



ATELIERS

La boutique se présente sous la forme d’un grand et long espace abritant deux comptoirs, des coins bibelots accueillants et un mur de fleurs que l’on remarque immédiatement en entrant. Janine ne travaille qu’avec des fleurs de saison. « Le magasin est aménagé de manière pratique, dans un style très commercial, ce qui attire également de nombreux hommes dans notre magasin », déclare Bart. La boutique est également suffisamment spacieuse pour accueillir des ateliers.

Janine : « Nous organisons des ateliers pour de petits groupes de dix personnes maximum. Je donne deux ou trois idées et chaque participant reçoit un ensemble de fleurs. De cette façon, ils peuvent chacun faire ce qu’ils veulent. Ce qui est bien, c’est qu’il n’y a jamais deux créations identiques. Nous estimons qu’il est important de fournir nous-mêmes tous les matériaux nécessaires, car nous avons constaté que les participants étaient stressés lorsque nous leur donnions à l’avance une liste de fournitures pour l’atelier. Les soirées sont placées sous le signe de la détente totale. Je guide les participants. Je fais des ajustements ici et là. C’est le plus amusant ».


«Le magasin est aménagé dans un style très commercial, ce qui attire aussi beaucoup d’hommes »,



LE VILAIN PETIT CANARD

Pourquoi avoir choisi Alost ?

Janine : « Lorsque je suis arrivée en Belgique, j’ai trouvé que Gand était une ville authentique et romantique. J’ai travaillé à Gand pendant un certain temps, mais j’ai fini par avoir envie de créer notre propre entreprise. Nous avons choisi Alost parce qu’il n’y avait pas vraiment dans le centre de magasin de fleurs correspondant à notre style. Il s’agissait plutôt de cultivateurs et de magasins de fleurs dans un style complètement différent. Au début, j’étais un peu comme le vilain petit canard ici. Je ne maîtrisais pas encore la langue. La Rozemarijnstraat où nous avons commencé s’appelait « Vrijersstraat » (ndr : rue des prétendants). Je ne comprenais pas vraiment ce que cela signifiait. Ce n’était pas non plus une rue commerçante, mais Bart a dit : “Si nous réussissons ici, nous réussirons partout”. Nous étions différents et ça a marché ».

N’avez-vous jamais eu la nostalgie de la Suisse ?

Janine: « Il m’est arrivé de penser à un éventuel retour en Suisse. Mon ancien employeur me considérait comme sa fille et voulait me céder son entreprise. J’en ai parlé, mais nos clients ont alors fait tout ce qu’ils pouvaient pour faire sortir cette idée de ma tête. C’était réconfortant. J’ai découvert que les gens d’Alost sont très loyaux. Avec les couples de deux nationalités, je pense que vous avez toujours un pied dans l’autre pays. Mais il est dangereux de penser que l’herbe est plus verte dans le pré d’à côté. Cela nous a coûté du sang, de la sueur et des larmes au début, mais nous étions déterminés et très passionnés et nous le sommes toujours aujourd’hui ».



Je ne veux pas recréer un énième bouquet de mariée Pinterest.”


ÉCOUTER LES PROPRES HISTOIRES

Comment décririez-vous votre style ?

Janine : « Nous avons une approche très personnelle, mais je suis aussi très à l’écoute des clients. Je pose ensuite des questions spécifiques. Les gens viennent avec des histoires entières. Ils en ont besoin et cela leur fait du bien de raconter leur histoire. J’essaie d’y répondre et c’est bien si vous pouvez mener à bien cette opération et donner au client quelque chose de plus. Pour un bouquet de mariée, les clients arrivent tous avec les mêmes images Pinterest. Par exemple, ils veulent des fleurs des champs dans leur bouquet, y compris en novembre et décembre, et celui-ci doit absolument contenir de l’eucalyptus. Dans mon for intérieur, je me dis : c’est reparti ! Je commence alors à poser des questions. Comment se déroule la fête et dans quelle ambiance ? Où se trouve la salle de réception et à quoi ressemble votre robe de mariée ? Rangez votre téléphone pour un moment. Et puis je poursuis : Que pensez-vous de cela ?” en leur montrant quelques croquis. Je ne veux pas recréer un énième bouquet de mariée Pinterest ».

« Les jours de grande affluence, les étudiants jobbistes viennent nous donner un coup de main. Ce sont des enfants qui avaient jadis l’habitude de recevoir une fleur lorsqu’ils venaient au magasin avec leur maman. Je les ai vus grandir. À leur tour, ils me racontent comment nos fleurs ont toujours été là aux moments importants de leur vie. J’en suis très fière. Ce n’est pas génial, ça ? »



Janine parle avec enthousiasme, comme une cascade qui gargouille. La langue n’est plus un problème depuis longtemps. Elle parle de ses étudiants comme s’ils étaient ses enfants. Le papier et les crayons sont prêts pour les enfants. Elle conserve les dessins dans un carnet, car cela aussi lui donne de l’inspiration. Les enfants achètent leur première rose au début de l’année scolaire et, bien sûr, ces premières amitiés naissantes ont besoin d’un bel emballage. Janine dit qu’elle adore écouter toutes ces histoires de vie, qu’elle transforme ensuite en une création adaptée et personnelle. Parce qu’elle veut vraiment travailler pour et avec les gens. C’est la chose la plus importante. Par exemple, ils collaborent avec un coursier à vélo qui emploie des personnes qui ne peuvent pas entrer dans le circuit régulier de l’emploi. Janine les aide avec la langue parce qu’elle sait combien c’est difficile. Janine s’inspire principalement de ses clients, mais aussi de son jardin, de la forêt et de la nature.

« Bart m’inspire beaucoup aussi. Il a plein d’idées, mais il ne peut pas les exécuter », dit-elle avec tendresse.

« J’essaie surtout de partir du point de vue du client », dit Bart. « Si la créativité prend le dessus, il arrive que l’idée du client ne soit pas réalisable d’un point de vue commercial. J’essaie alors de trouver un équilibre sans restreindre la liberté de création de Janine ».


DÉCORATION

Janine a un penchant pour les pots faits à la main. Ce sont des pots que l’on a envie de toucher, qui ont un facteur de caressabilité élevé. Pour elle, l’authenticité et l’intemporalité sont des conditions préalables importantes.

« Nous ne nous contentons pas de suivre les tendances et nous ne choisissons jamais des couleurs criardes. Nous avons quelques valeurs fixes dans notre gamme et nous les complétons avec des choses que nous aimons afin que la gamme reste intéressante pour le client. Un bon critère est lorsqu’il s’agit d’un produit dont je ne peux me passer ».

Top 3 des pots

  • Les pots de D&M sont intemporels et utiles. Par exemple, le col n’est pas trop étroit pour y mettre une plante.
  • Les pots de Domani ont une texture que l’on a envie de toucher.
  • La verrerie d’Henry Dean est intemporelle. Les teintes du verre permettent de mettre chaque bouquet en valeur.

La fleuriste

Nom : Janine Künzle, épouse de Bart Schampheleer

Âge : 51 ans

Fleur préférée : « Cela varie en fonction des saisons, mais j’ai une préférence pour les fleurs frêles et fragiles, comme le coquelicot. Ce sont des fleurs à apprécier l’instant présent ».

Hobbies : « La peinture, la poterie, le vélo, la randonnée, la cuisine avec des aromates fraîchement cueillis dans le jardin et parfois… un peu de yoga ».

Devise : « J’ai eu la chance de grandir dans le beau jardin de mes parents, en pleine nature. Je voudrais transmettre l’amour de la nature. La nature donne une réponse à tout et j’y puise beaucoup de force et d’inspiration ».


Texte : Ingrid Allaerts

Photos : ©Ingrid Allaerts et ©Domus Florum


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