Daniël Ost : «Ma propre académie»

L’artiste floral Daniël Ost fête ses 65 printemps le jour de la fête des Mères. Quelle coïncidence pour quelqu’un dont la vie est faite de fleurs. Le Japon est sa deuxième patrie. Il a été co-fondateur de Fleur Créatif et il y a tant d’autres raisons de lui rendre visite.

Advertising
 

Daniël Ost séjourne souvent au Japon. Tout récemment, il s’y trouvait à l’occasion de l’abdication de l’empereur Akihito. Partout dans le monde, du Qatar au Japon en passant par Las Vegas et Saint-Tropez, il est chargé d’agrémenter les mariages royaux, expositions et événements avec des décorations florales uniques dans le monde entier.

Advertising
 

Sa ville natale de Saint-Nicolas organise l’exposition « Paint the City Green » du 23 au 27 avril 2020. À cette occasion, Daniël Ost souhaite surtout montrer des créations qu’il voulait réaliser depuis longtemps, sans jamais avoir trouvé la bonne occasion.  

Sa grande préoccupation du moment, c’est la création d’une école internationale d’art floral, la « Daniel Ost Academy ».

Advertising
 

Les événements ne sont pas un adieu en beauté. Daniël Ost n’est, en effet, pas encore prêt à s’arrêter. Il doit simplement lever le pied pour des raisons physiques. Sa fille, Nele, s’est lancée dans le métier et il pourrait prendre un repos bien mérité, mais croyez-nous, nous avons devant nous un homme qui a encore des rêves et des idées plein la tête. Sourire aux lèvres, il nous fixe derrière ses lunettes rondes, prêt à bondir.

École internationale

« Le 24 février, cette école a ouvert ses portes dans un domaine situé à Eksaarde à Lokeren. C’est un lieu pittoresque où se trouvent encore les vestiges d’une ancienne forge de brasserie. C’est là que les tonneaux de bière et les chevaux étaient gardés. Dans la maison, l’eau était pompée pour faire les bières et les limonades. Nous essayons de garder le lieu aussi authentique que possible. Dans le jardin de deux hectares, nous avons planté de beaux arbres japonais et chinois. Sur le terrain, il y a quelques bâtiments que nous avons complètement restaurés et où les cours peuvent se donner ».

« Dernièrement, j’ai fait une terrible rencontre . La pire rencontre qu’un être humain puisse faire : une rencontre avec moi-même. J’ai été confronté à mes propres limites. »

Pourquoi cette école internationale ?

« Dernièrement, j’ai fait une terrible rencontre au Japon. La pire rencontre qu’un être humain puisse faire : une rencontre avec moi-même. J’ai été confronté à mes propres limites. Je

pense que tout au long de ma vie, j’ai constitué l’une des plus vastes bibliothèques au monde sur l’art floral. Les étudiants peuvent consulter ma bibliothèque à Saint-Nicolas pour y puiser l’inspiration. Je vais ensuite enseigner à ceux qui le veulent ce que j’ai appris moi-même. Je veux transmettre mon savoir avant de quitter cette planète ».

Un objectif noble !

« L’objectif de l’exposition est également de faire comprendre aux gens que je vais prendre du recul. Vous savez, comme dans la chanson flamande de Wim De Craene, Je te laisse partir. Désormais, tu vas devoir faire ta propre expérience et tes propres erreurs. Ma fille Nele a déjà pris la relève. Je vais superviser et nous verrons. Ces années que Dieu m’accorde encore, je veux les mettre à profit pour guider les jeunes. Mon enfance n’a pas été des plus heureuses, mais j’ai eu trois grandes chances dans ma vie que j’ai su saisir. J’étais au bon endroit au bon moment ».

Quelles sont ces chances ?

« Tout d’abord, la rencontre de ma femme. Mes parents tenaient un café et c’est ma femme qui m’a sorti de ce milieu. Elle m’a toujours soutenu. Ensuite, il y a eu la rencontre cruciale avec Martine De Clerck, qui a publié mon premier livre. C’est ainsi que j’ai commencé à travailler à l’international. Ma troisième chance, c’est une rencontre avec un maître de la cérémonie du thé au Japon. Dans ce pays, les fleurs sont inextricablement liées à la cérémonie du thé. Il prétendait que les Occidentaux arrangent des fleurs en fonction d’événements importants de leur vie ou comme dans les natures mortes fleuries de Jan Brueghel où le corps et la couleur de la fleur ornent le tableau. Les Japonais, eux, créent avec l’âme d’une fleur. Il m’a appris à combiner les deux. D’où le surnom “The Bridge” que me donnent les Japonais. Une fleur en dit plus que mille, il suffit de savoir laquelle utiliser ».

Comment avez-vous découvert ce talent extraordinaire qui est le vôtre ?

« Quand j’avais trois ans, je jouais avec des fleurs dans les champs. Alors que je cueillais des fleurs, je suis tombé dans une fosse d’aisances. Mon grand-père a pu me sauver in extremis en me tirant par les cheveux. Ma destinée était tout de suite claire pour tout le monde ! Encore que… un enfant qui joue avec des fleurs, ne serait-ce pas un homosexuel ? Voilà pourquoi, on m’a envoyé à l’école militaire. Je l’ai plutôt mal vécu ».


Artiste de cabaret

Jeune adulte, Daniël travaillait en journée dans un magasin de fleurs, tandis que le week-end, il se formait pour devenir artiste de cabaret. Il a été formé par de grands cabaratiers néerlandais tels que Wim Sonneveld et Toon Hermans. De tête, il me sort quelques paroles de chanson et quelques vers comme si c’était hier.

« Toute ma vie, les fleurs ont été au premier plan. J’ai toujours choisi les fleurs en premier et le reste ensuite. J’ai vécu dans le désamour avec le monde entier, sauf avec mes fleurs. C’est aussi dans mon livre ».

Avez-vous du mal à vous laisser aller ?

« Ce n’est pas tellement que j’ai du mal à le faire, mais l’esprit du temps a changé. Lorsque vous atteignez le niveau que j’ai atteint, cela a peut-être une connotation arrogante, vous avez tendance à vouloir faire des copies de vous-même, ce que vous ne devriez pas faire ».

Comment allez-vous gérer cela dans votre école ?

« Dans mon école, j’aurai quinze élèves par semaine au maximum. Je laisserai les étudiants suivre leur propre voie et je regarderai. À un moment donné, ils seront confrontés à des difficultés techniques. Et là, j’interviendrai en les amenant à réfléchir. Et si vous faisiez comme ci plutôt que comme ça ? Je vais tenter d’isoler ce qu’il y a de bon en eux et le développer lentement. De cette manière, je ne façonnerai pas un petit Daniël Ost de plus. Il y en a déjà suffisamment dans le monde ».

Cela vous flatte-t-il d’être si souvent copié ?

« La copie n’est jamais conforme. C’est toujours une tentative. Sans être vaniteux, je préfère être copié plutôt que de faire des copies de moi-même. L’inconvénient, c’est que vous devez sans cesse vous remettre en question ou vous renouveler. Après quarante ans, cela devient difficile ».

Quel est votre meilleur souvenir ? Quelle est la création florale qui est restée la plus gravée dans votre esprit  ?

« Je n’en ai aucune. Ce qui est beau dans l’art floral, c’est l’éphémère. J’ai de la chance d’être né dans le bon esprit de l’époque. Il y a deux cents ans, la photographie n’existait pas encore. Impossible de se lasser des fleurs, car les fleurs sont éphémères. C’est un éternel recommencement. Quand une composition est terminée, la magie est terminée et mes pensées sont déjà à l’idée suivante. Dans cette phase de ma vie, je veux écrire un autre livre : “La mort d’une fleur”. Je veux travailler avec des fleurs flétries et en faire quelque chose de beau. La mort fait partie de la vie et est donc aussi inhérente aux fleurs. »

Interview par Ingrid Allaerts


Expo Daniël Ost du 23 au 27 avril

Sa ville natale de Saint-Nicolas organise l’exposition « Paint the City Green » du 23 au 27 avril 2020. À cette occasion, Daniël Ost souhaite surtout montrer des créations qu’il voulait réaliser depuis longtemps, sans jamais avoir trouvé la bonne occasion.

Répartis sur deux sites : un site intérieur et un site extérieur.

Entrée : 15 euros

Trois nocturnes exclusives seront organisées.

Les visiteurs seront guidés à travers l’exposition dans les différentes salles des « Salons voor Schone Kunsten » (Salons des Beaux-Arts) de Saint-Nicolas. La promenade se poursuivra dans le jardin, puis en direction du Casinopark. Ce parc a été complètement réaménagé avec de nouveaux arbres et de nouveaux sentiers. Le parc abrite également un banc en fonte en forme de cygne, dessiné par Daniël Ost. Le parcours se terminera dans la salle de concert et le foyer du casino où les visiteurs pourront échanger leurs impressions autour d’une collation et d’une boisson.

>> www.paintthecitygreen.be

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *